Jeudi 28 Septembre 2017

 Voici quatre jours d'enregistrement déjà passés où les journées défilent et la bonne connexion avec les membres du groupe Imazzalen s'agrandit. Nous n'avons pas atterri n'importe où.. Le local Jazzawiya où nous travaillons a été ouvert il y a 34 ans par Mr Raaouf, propriétaire des lieux. "Le projet  "Jazzawiya" a pour but de créer une plate forme où se rencontrent les artistes et les professionnels du métier, toutes les nationalités confondues autour des créations artistiques basées sur la mixité des cultures, métissage d'art contemporain et d'art traditionnel pour aider à promouvoir l'art et la culture au-delà des frontières." La "Zawiya" (centre spirituel et social) est un lieu de rencontre très réputé dans la ville d'Agadir. Mr Raaouf Sidine, est quant à lui une personnalité importante pour les musiciens que nous avons rencontrés et restant, à ma sensation, plein d'humilité. Quelle excitation j'ai pu lire sur le visage de Boris lorsque nous avons appris de sa part qu'il était le lien entre Titi Robin et Medhi Nassouli qu'il considère comme son fils....

M. Raaouf Sidine, affiche à Jazzawiya

 Durant tous ces moments, j'ai récolté des infos sur la musique Amazigh (berbère), musique traditionnelle d'Afrique du Nord et les différents instruments que nous avons mis dans la boite.

Chaque rythme et mélodie est différent selon les régions et même à l'intérieur de celles ci : rien que dans le Souss, on compte 160 styles folkloriques différents. La musique Amazigh se veut protectrice de la culture par ses chants et ses poèmes, la plupart des histoires se retransmettant de générations en générations par la parole et non les écrits. Dans les groupes folklores, les musiciens sont toujours vêtus de vêtements traditionnels et la danse accompagne également bien souvent les chants. Les instruments typiques sont le Bendir, le Tallont (petit bendir), Talaawat (flûte oblique), Nakos (la cloche), le Lothar, Tasswissit (petit  lothar) et le Rabâb (la vielle). Trois groupes berbères mythiques du Maroc des années 70 ont développé ces concepts de base.  Ils apporteront un panel d'instruments plus large comme le banjo, les qraqeb, le guembri. Le premier, Lakdam (ce mot englobe tout ce que l'hospitalité à de sens profond) est d'Inezgane, ville située entre Agadir et Ait Melloul. Leurs chants étaient en arabe et les musiciens, très actifs, confectionnaient leurs propres instruments.

Le second : Nass El Ghiwane, de Casablanca, inspiré des chants Amazigh. Leurs paroles sont en arabe. 

Le dernier groupe, Izenzaren, originaire d'Agadir avec ses textes révolutionnaires, sera le porte-parole et appellera à la réunification du peuple Amazigh.

 Après un entrevue avec Rachid Abbassi et Moha Eladli, j'en ai appris davantage sur leurs inspirations et le style d'Imazzalen, de la région du Souss. La première chose qui me semble importante de retranscrire de leurs dires, c'est l'inspiration première qui découle d'Izenzaren. Izenzaren mot qui signifie les rayons du soleil,  "Ce sont les rayons du soleil, l'espoir amené sur la culture Amazigh" -Rachid Abbassi-. Comme dit précédemment, les textes du groupe d'Imazzalen transmettent un message important au peuple Berbère, dans ces temps où la culture Amazigh est toujours et encore mise de côté. Ils sont la relève de cette révolution par les textes appelant à l'unification. Leur cadence s'inspire d'abord du Ahwach, rythme folklorique du Souss, mais également de rythmes Africains et aujourd'hui, plus précisément des rythmes Erythréens. Par la suite, Imazzalen ajoutera petit à petit un certains nombre d'instruments sur leurs chansons comme le djembé,  les castagnettes, le bouzouki irlandais (Titi Robin) et le n'gouni (instrument malien). 

 Passons maintenant aux instruments enregistrés. 

Le Bendir

Aziz au bendir

Instrument de base de la musique berbère mais connu dans tout le Maghreb, les arabophones le nomment Bendir. En langue amazigh, plusieurs vocables sont utilisés suivant les régions. Ici il est appelé taguenza. Les berbères l’appellent aussi alloun ou encore adjoun (Rif), mot signifiant le tamis en tamazight, à cause de sa forme rappelant l’instrument de cuisine. D'un diamètre moyen de 40 cm, le Bendir a une profondeur de 15 cm. Le cadre est formé d'un cerclage de bois de micocoulier. Une peau de chèvre recouvre tout le cadre, mais les plus récents sont en plastique. Un timbre de cordes en boyau est fixé le long de cette peau, qui lui donnera un son bourdonnant et augmentera les basses généreuses. Le Tallont, très utilisé dans la musique folklore à la même forme en plus petit, mais sans cordes ce qui lui donne un son plus aigu. Les Bendirs sont souvent très colorés mais peuvent être parfois très simples.

Le Guembri

Rachid Bassam au guembri

Le guembri est un instrument de musique à cordes pincées apporté en Afrique du nord par les Gnaouas, esclaves venant de Guinée. Il est aussi joué par les Touaregs et les Berbères. La table de résonance est faite avec la peau du cou du dromadaire tendue. C'est ce qui donne l'originalité à cet instrument, qui sous l'impulsion des doigts du musicien est aussi percussion.  Il est composé d'un manche rond de bois qui s'enfonce dans une caisse de résonance en hêtre, acajou ou noisetier. Les trois cordes originellement en boyaux ont été progressivement remplacées par du fil à pêche en nylon.  Accompagné de qraqeb et d'un gros tambour (le ganga), le guembri est joué par le mâalem (le maître) pour guider la transe.

 Les Qraqeb

Athman aux qraqeb

Instruments de musique idiophones maghrébins, les qraqeb ou qarqabat sont issus de la musique Gnaouas. Généralement en fer battu et de 20 à 30 cm, les qraqeb ressemblent à des cuillères à double embout. Le métal des premières chaines rompues des esclaves aurait été réutilisé pour fabriquer les premières qarqabats. En effet, cet instrument a été inspiré du son que faisait le frottement des chaînes à leurs pieds. 

Le Ganga

Rachid Abbassi au tam tam

Instrument d'origine gnaoua, aussi appelé tbel en arabe, qui se joue avec deux baguettes, l'une droite, l'autre incurvée. Fait en peau de chèvre tendue par une corde et une caisse de résonance en bois. Le ganga est orginaire de Guinée ou Ghana. 

Le Lotar

Lotar au studio Jazzawiya

Le lotar ou loutar est originaire d'Algérie et du Maroc des années 1940 et typiquement berbère. C'est un instrument à cordes pincées de la famille de l'oud (le luth) en bois d'hêtre, d'acajou, de noisetier.... et en forme de poire. Loutar est un nom qui dérive de l'arabe classique Al-Watar et signifie corde en arabe dialectal marocain. Sa caisse de résonance est ici le recyclage d'une assiette creuse en aluminim mais peu aussi être faite de cuivre. Les cordes, au nombre de 6, sont en boyaux de chèvre ou en nylon.

 Le Tasswissit

Moha Eladli au tasswissit

C'est le petit lotar et le plus ancien des deux. Très similaire d'aspect, le tasswissit a une sonorité par contre plus aigüe. 

 Le Banjo

Moha au banjo

Instrument de musique intégrée par Nass El Ghiwane, le banjo serait un dérivé du luth ouest-africain apporté par les esclaves noirs dans le nord de l'Amérique dans les années 1830-1840. C'est un instrument de musique à cordes pincées avec une table d'harmonie à membrane ce qui modifie la résonance que l'on connaît des autres instruments à chevalet tel que la guitare.

  Le Tam-tam

Le tam-tam, méthode de chauffage de la peau

Le tbilat en arabe, appelé Tam-tam par les berberes, est un instrument ressemblant à Bongos et tabla. Il se compose d'une paire de tambours de poterie décorés, chacun avec une taille différente. Les peaux sont étirées par des boyaux tressés. Il est placé au sol entre les jambes et joué avec les deux mains. La peau est chauffée pour la tendre et accorder la sonorité et la résonance du tam-tam (et c'est ainsi avec chaque peau d'instruments).

  Le Hrrass

Le Hrrass ou Eres, percussion des vagabonds

  Le hrrass est historiquement, l'instrument des vagabonds qu'ils décoraient avec les bijoux Amazigh. Percussion en terre et argile cuite recouverte par une peau de chèvre collée, ce qui fait qu'il est le seul à ne pas être chauffé. Typiquement marocain, originaire de Marrakech et Taroudant. Boujmîa Hagour fondateur de Nass El Ghiwane, jouant du Hrrass, popularisera l'instrument. 

 Les informations qui sont ici pour la plupart des instruments viennent de ce que j'ai pu apprendre en communiquant avec les musiciens et des renseignements sur internet assez restreints.

 Sur ces nombreuses informations musicales, je vous dis à la prochaine !

 

 Beslama

Anne-Constance